Patrimoine oublié

Hors des lieux de passage mais pourtant si près de vous, des mondes oubliés subsistent.

Arrêtez-vous et regardez les, ces ruines que nous avons pris l'habitude de ne plus voir.
Vous découvrirez des architectures imposantes rongées par le temps.
Vous observerez la végétation qui poursuit sa reconquête au fil des saisons.
Vous ressentirez le calme assourdissant qui règne dans ces sanctuaires.

Ces édifices, balayés par les courants d'air, sont déserts. Ils conservent cependant les traces de l'activité humaine passée.
L'imagination aidant, les anciens occupants reviendront. Avec vous, ils déambuleront parmi ces vestiges qui furent leur quotidien et souvent leur fierté.
L'espace d'un instant, remontons le temps et redonnons vie à ces lieux pétrifiés.

L'oubli et la décrépitude ont offert une nouvelle majesté à un patrimoine qui se désagrège.
Visitons le une dernière fois avant qu'il ne redevienne poussière.

Me voici au cœur du colosse qui me domine et m'écrase. Je suis englouti par l'ombre qu'il projette et que le disque de lumière, bien loin au dessus de moi, ne parvient pas à dissiper. L'oppressante atmosphère, chaude et humide, stagne, prisonnière de la forteresse tout comme je le suis de ces parois de bois et de béton.
Je devine que ces monuments inertes cachent les accès aux mythiques cités obscures qui abritent toujours leurs créateurs insensés. Des créateurs qui guettent avec une absolue patience le moment de l'éveil et de leur nouvelle suprématie.

Vous est-il déjà arrivé de rêver d'un lieu qui, au réveil vous marque et auquel vous repensez pendant des mois voire des années?
Cette carrière est comme un rêve éveillé qui m'accompagne depuis la première visite d'il y a deux ans. J'y songe souvent, avec cette envie irrépressible d'y revenir régulièrement.

Dés les premiers pas à l'intérieur du manoir, c'est une profusion de couleurs et de détails qui viennent enchanter le regard. Les salles somptueuses sont richement meublées, désertes mais intactes de toute dégradation. L'architecture du manoir est au service de la lumière. En franchissant les vitraux, les rayons solaires capturent les teintes et viennent éclabousser de couleurs l'escalier majestueux recouvert d'un épais velours.

Le chemin tortueux ressemble à un long reptile qui s'infiltre dans la sylve. Des arbres vénérables se courbent sur mon passage, donnant leur assentiment à cette incursion dans leur domaine. C'est donc avec déférence et prudence que j'avance sous leur ramure vers ce que je sais être une clairière singulière perdue dans le vert océan. Les arbres s'écartent, comme tenus à distance par l'atmosphère de malaise qui émane du manoir. Il est enfin là, hautain mais délabré, dressé dans son habit de décrépitude. J'entre.

Quelques heures passées sous terre à arpenter des galeries envahies par les eaux. Sous l'action de nos pas, la couche de calcite qui affleure à la surface se fragmente et produit des chuchotements qui se propagent loin dans les couloirs inondés. Une carrière de faible envergure mais qui possède de beaux volumes et deux dessins dont l'un représente les outils du carrier.

Un souffle léger gravit l'admirable spirale d'un escalier qui l'emmène vers les hauteurs. Il se mue alors en vives rafales lorsqu'il atteint la salle d'observation et s'échappe par les fenêtres éventrées.
C'est désormais le seul bruit qui résonne encore dans la tour depuis le départ de la vigie. Elle qui veilla pendant des décennies sur la frontière avec les territoires sauvages est désormais devenue inutile.

Nous voici de retour dans l'autre univers, celui de l'obscurité et de la pierre, du silence et de l'oubli.
Au travers de galeries chaotiques, quelques passages parfois inondés par le goutte à goutte des infiltrations mènent à des vestiges corrodés d'anciennes champignonnières. Le matériel est resté en place depuis des décennies, transformé en structures énigmatiques qui tombent en poussières.

Accordez-moi un court instant pour partager avec vous un sentiment qui ternit parfois mes incursions dans ces sites en déshérence. L'atmosphère très particulière qui règne dans les territoires industriels oubliés provoque souvent, il me semble, une augmentation du champ de perception. Aux images qui s'offrent à moi viennent se superposer des sensations qui surgissent d'un passé vaguement familier mais qui, je le sais, ne m'appartient pas.

Au delà de l'ancien portail ouvragé, le sentier secret mène à un écrin de quiétude. Là, lové au sein d'un bois protecteur, le petit château contemple sereinement l'océan de blé qui inonde son domaine.
Des vents chauds et réguliers transforment la campagne en une belle surface miroitante parcourue de vagues qui s'évanouissent dans un brumeux lointain. Une fenêtre brisée, des volets béants et un jardin en friche sont autant d'indices d'une ancienne désertion des lieux pourtant, malgré l'absence de tout occupant, le château résiste vaillamment aux assauts du temps.

Je vous parle d'un endroit qui altère la frontière entre rêve et réalité et entraîne la conscience sur des terrains inconnus. Ce royaume d'un vert chlorophyllien, humide et éclatant, est celui des végétaux dans lequel je m'enfonce avec délice. Au sein de cet Eden ignoré, la nature et l'humain se réconcilient et s'unissent dans une étreinte harmonieuse et sensuelle que j'observe avec une fascination teintée d'envie.

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