Je m'immerge dans le royaume de l'acier pur et absolu. Il est omniprésent, en milliard de particules qui dansent un ballet scintillant. La fine poudre noire caresse mes doigts, sature ma langue de ce goût métallique obsédant.
Dans l'ancien temps, celui où les pères gagnaient ici le salaire d'une famille, l'acier liquide alimentait des creusets démesurés et les torpilles transportaient leur fournaise le long de cette coulée continue de métal en fusion, ce déchainement de feu, ces forges de l'enfer.

Quelques lumières percent encore le labyrinthe des coursives souterraines de l'usine. Elle est pourtant arrêtée depuis plusieurs années.
Cet indestructible colosse d'acier est le témoin d'un naufrage économique, la tragédie ouvrière, habituelle, inéluctable, qui a frappé tous les hauts fourneaux de la région. Les espoirs de relance des machines sont maintenant anéantis et de l'usine magnifique ne reste plus qu'une carcasse inerte, la dépouille de l'industrie du métal en bassin Liégois.
Pas un bruit, pas un mouvement pour rompre ce sentiment infiniment triste de visiter une tombe d'acier. Où êtes-vous, vous tous qui animèrent cette merveille ?
OU ETES VOUS ????

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