Voilà maintenant treize ans qu'il n'a plus mis les pieds dans l'usine. L'approche est hésitante, mélange de fascination et de répulsion. L'envie de revoir ces lieux s'oppose à la certitude de la peine qui s'annonce.
Les fenêtres cassées et les murs délabrés mettent déjà en garde le visiteur. L'usine n'est plus que l'ombre de ce dont il se souvient. Malgré tout, d'un geste maintenant résolu, il pousse la porte de ce qui fut pendant des années son travail, sa fierté.


Pendant quelques instants, désorienté, il ne reconnaît pas cet endroit silencieux et désert. Puis quelques repères familiers apparaissent et en un instant la vague d'émotion déferle et emporte toute résolution de maitrise de soi et de retenue. Les larmes coulent. Tous les souvenirs ressurgissent, les gestes mille fois répétés, la solidarité, les luttes syndicales, les machines, le patron, la fidélité à l'entreprise, le licenciement.
De salle en salle, d'étage en étage, il poursuit sa visite en silence. Les machines ont presque toutes disparu mais leurs grondements résonnent encore à son oreille. La tristesse est immense lorsqu'il pénètre dans l'ancienne salle de repos où quelques tracts syndicaux sont toujours placardés.
Après une longue errance au travers des étages délabrés, c'est maintenant à regret qu'il ouvre la porte et quitte l'usine. Tant de souvenirs le rattachent encore à ces murs fissurés, mais c'est son histoire, elle n'intéresse personne. Oublions la. Oublions le.

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